Retour à la liste des albums Activer le lecteur de musique
Les bruits de la nuit
La fiancee du pirate
Le cauchemar du chauffeur de taxi
Chasse a l'enfant
Jeu de massacre
Bilbao song
Les soutiers
Les boules de neige
Chant des canons
La grasse matinee
Complainte de mackie
Toute seule
海賊ジェニー
タクシー運転手の悪夢
子供狩り
虐殺遊戯
ビルバオの歌
ストーカーたち
雪玉
大砲の歌
L朝寝坊
マッキーの嘆きの歌

LES BRUITS DE LA NUIT (Jacques PREVERT)

Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Moi je me promène et je veille dans la nuit
Je vois des ombres j'enteds des cris
Drôles de cris
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
C'est un chien qui hurle à la mort
C'est un chat qui miaule à l'amour
Un ivrogne perdu dans un corridor
Un fou sur son toit qui joue du tambour
J'entends aussi le rire d'une fille
Qui pour satisfaire le client
Simule la joie simule le plaisir
Et sur le lit se renverse en hurlant
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Mais soudain le client prend peur
Dans la nuit il crie comme chez le dentiste
Mais c'est beaucoup plus sinistre
De dessous le lit un homme est sorti
Et tout doucement s'approche de lui
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Et le client tourne de l'oeil dans la nuit
Pauvre homme qu'un autre homme assomme
Pour une petite question d'argent
Pour une malheureuse petite somme
Peut-être quatre cinq ou six cents francs
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Et client tourne de l'oeil dans la nuit
Demain sa famille prendra le deuil
C'est tout cuit
Vous dormez sur vos deux oreilles
Bonne nuit.

JE NE T'AIME PAS (Maurice MAGRE)

Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Moi je me promène et je veille dans la nuit
Je vois des ombres j'enteds des cris
Drôles de cris
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
C'est un chien qui hurle à la mort
C'est un chat qui miaule à l'amour
Un ivrogne perdu dans un corridor
Un fou sur son toit qui joue du tambour
J'entends aussi le rire d'une fille
Qui pour satisfaire le client
Simule la joie simule le plaisir
Et sur le lit se renverse en hurlant
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Mais soudain le client prend peur
Dans la nuit il crie comme chez le dentiste
Mais c'est beaucoup plus sinistre
De dessous le lit un homme est sorti
Et tout doucement s'approche de lui
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Et le client tourne de l'oeil dans la nuit
Pauvre homme qu'un autre homme assomme
Pour une petite question d'argent
Pour une malheureuse petite somme
Peut-être quatre cinq ou six cents francs
Vous dormez sur vos deux oreilles
Comme on dit
Et client tourne de l'oeil dans la nuit
Demain sa famille prendra le deuil
C'est tout cuit
Vous dormez sur vos deux oreilles
Bonne nuit.

LA FIANCEE DU PIRATE (Bertolt BRECHT)

Oui c'est moi qui lave les verres et les plats
On m'appelle une Marie-couche-toi là
Quand on me donne un penny
Faut encore que j'dise merci
Me v'là en habits loqu'teux
Au fond d'cet hôtel miteux
Vous n'savez pas aujourd'hui qui je suis
Vous n'savez pas aujourd'hui qui je suis
Mais un soir, un beau soir
Grand branle-bas
Les gens courent sur la rive,
Disant : Voyez qui arrive !
Et moi je sourirai pour la première fois
On dira : Voilà que tu souris, toi ?
Un navire de haut bord
Cent canons aux sabords
Entrera dans le port !
Moi toujours je laverai
Les verres et les plats
J'serai toujours une Marie-couche-toi là
Quand on m'donnera un penny
Toujours je dirai merci
J'gardrai mes habits loqu'teux
Au fond d'cet hôtel miteux
Et demain, demain comme aujourd'hui
Vous ne saurez toujours pas qui je suis !
Mais un soir, ce beau soir pour qui je vis
Voilà que les canons
S'éveilleront et tonneront
Pour la première fois, j'éclaterai de rire
Quoi méchante, t'as le coeur à rire ?
Le navire du haut bord
Cent canons aux sabots
Bombardera le port !
Alors viendront à terre les matelots
Plus de cent, ils marqueront d'une croix de sang
Chaque maison, chaque porte
Et c'est devant moi qu'on apporte
Enchaînés, implorants, mutilés et saigneux
Vos pareils, tous vos pareils, beaux messieurs !
Vos pareils, tous vos pareils, beaux messieurs !
Alors paraîtra celui que j'attends, il me dira :
Qui veux-tu de tous ces gens que je tue ?
Et moi je répondrai doucement :
Tue-les tous! Chaque tête qui tombera
Je battrai des mains, hop là !
Et le navire du haut bord
Loin de la ville où tout sera mort
M'emportera vers la vie !

海賊ジェニー(ベルトルト・ブレヒト)

そう あたいはコップ 皿洗い
「オネンネ・マリィ」と呼ばれてる
——ニィ もういちど もういちど
ありがと と云うの
見てよこんなボロを着て
オンボロホテルの隅っこにいて
今日び あたいが誰なんだか
いるんだかいないんだかさえ判んない
でも ある晩大さわぎがあって
みんなが海岸へかけてくの
「ちょっとお 誰が着いたのさあ」と云いながら
あたいははじめて
ニヤッとするの みんなは云うわ
「アラア あんたって 笑えるの」
桟門に百の大砲をつけた大船が
港に入って来るのよ
で あたいははまだコップ 皿洗い
やっぱし「おねんねマリィ」なの
——ニィ もういちどいつだって
「有難う」って云うの
こんなボロ着たまんま
オンボロホテルの隅っこにいて
明日の朝だってあたいが一体だれなんだか
誰にも判りゃしないよ 今日とおんなじ
塩でもある晩 それが判るの
ほら 百の大砲が鳴りとどろく
あたいははじめて
声をだして笑うの みんなは言うわ
「このいじわる なんで笑うのよ」
ゲンの高い船が
桟門に百の大砲つけて
港に向けてぶっ放すのよ!
ほら見て 百人もの水夫が上陸して
そら中の家や戸口に
血の十字架の印をつけるわ
血だらけ傷だらけで
泣きわめく ぶっちばられた
あんたらのお仲間よ ご立派なみなさん
あんたらのお仲間よ ご立派なみなさん
さて あたいの待ち人あらわれて
「こん中のどいつを殺してほしいんだよ」
あたいは云うわ そっとね
「ぜんぶぶっ殺う!」
首がおっこちるたんび
手を叩くわ
ホラァ
さて 舷の高い船が
みんなおっこちんだ街から はるかとおく
あたいをつれてってくれるの ほんとの人生へ

LE CAUCHEMAR DU CHAUFFEUR DE TAXI (Jacques PREVERT)

Un taxi s'arrête,
Des êtres humains descendent,
L'un d'eux paie le chauffeur,
Le chauffeur s'en va, avec son taxi,
Un autre humain l'appelle,
Donne une adresse, et monte
Le taxi repart, 25 rue de Chateaudun,
Le chauffeur a l'adresse dans la mémoire,
Il la garde juste le temps qu'il faut,
Mais c'est tout de même un drôle de boulot,
Et quand il a la fièvre
Quand il est noir
Quand il est couché le soir
Des milliers et des milliers d'adresses
Arrivent à toute vitesse
Et se bagarrent dans sa mémoire
Il a la tête comme un bottin,
Comme un plan du métropolitain
Alors, il prend sa tête entre ses mains,
Et il se plain tout doucement :
222 rue de Vaugirard,
33 rue de Ménilmontant,
Grand Palais Gare Saint Lazare,
Grand Palais Gare Saint Lazare,
Grand Palais Gare Saint Lazare,
Grand Palais Saint Lazare,
Grand Palais Gare Saint Lazare,
Rue du dernier des Mohicans,
Place du colonel Ronchonot,
Avenue du Gros Barbu,
Boulevard des Trois Idiots,
Taxi, taxi, taxi,
Taxi pour la sortie,
Taxi pour le Grand Prix,
Taxi pour le pince-fesse,
Taxi pour la Comtesse,
Taxi pour le cocktail,
Taxi pour les affaires,
Taxi pour la grande guerre,
Taxi pour le cimetière.
Taxi !

タクシー運転手の悪夢 (ジャック・プレヴェール)

タクシーがとまる
人間たちがおりる
ひとりが金を払う
運ちゃんはタクシーを出す
別の客が呼びとめ
行先を云って乗りこむ
タクシーは走りだす、シャトー・ダン街25へ
運ちゃんはそこへ着くまで
その行先を憶えてる
なんてオカシナ職業だ
熱があったり
酔っぱらってたり
夜のベッドでいこう時
何千何万の行先が
全速力でやって来る
頭のなかで衝突だ
まるでオツムは電話帳
まるでメトロの地図みたい
そこで頭をかかえこみ
そこで頭をかかえこみ
ひとりブツブツ愚痴こぼす
ボージラール街二百二十二
メニルモタン三十三
グランパレ サンラザール駅
グランパレ サンラザール駅
グランパレ サンラザール駅
グランパレ サンラザール駅
グランパレ サンラザール
最後のモヒカン族街
ブツブツ大佐広場
デブ・ヒゲ通り
デブでおヒゲの
三馬鹿大通り
タクシー!タクシー!タクシー!タクシー!
タクシー「おでかけ」用
タクシー「グランプリ」用
タクシー「尻打ち」用
タクシー「伯爵夫人」用
タクシー「カクテル・パーティ」用
タクシー「ビジネス」用
タクシー「大戦」用
タクシー!タクシー!タクシー!タクシー!
タクシー「墓地」行き!

CHASSE A L'ENFANT (Jacques PREVERT)

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l'ile on voit des oiseaux
Tout autour de l'ile il y a de l'eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan!
Qu'est-ce que c'est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnetes gens
Qui fait la chasse à l'enfant !
Il avait dit :”J'en ai assez
De la maison de redressement”
Et les gardiens à coups de clefs,
Lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé
Etendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bete traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes, les touristes,
Les rentiers, les artistes,
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnetes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage.
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras -tu le continent,
Rejoindras -tu le continent.
Au-dessus de l'ile on voit des oiseaux
Tout autour de l'ile il y a de l'eau.

子供狩り (ジャック・プレヴェール)

ワル! 不良! ぬすっと! ヤクザ!
島の上 鳥はめぐり
島のまわり 水はめぐる
ワル! 不良!ぬすっと! ヤクザ!
あのさわぎは何だ
ワル! 不良!ぬすっと! ヤクザ!
あれはこども狩りに集った
クソまともなおとなたち
こどもは云った「感化院なんかくそ喰え!」
そこで看手は鍵束で歯をへし折り
こどもはタタキの上にノサれたまんま
ワル! 不良!ぬすっと! ヤクザ!
さてこどもは脱走し
追いつめられたけもののように
夜のなかをかける
おとなが追いかける
ポリ公に 野次馬に 金持ちに ゲエジツカ!
クソまじめな人間が
少年狩りに集った
許可証要らずの狩猟ごっこ
御親切な方はみんな来た
夜の闇を泳ぐ あれは誰だ
あの光 あのさわぎ あれは何だこどもは遂に逃げのびるあとをめがけて弾丸を撃つ
ワル! 不良!ぬすっと! ヤクザ!
岸に残ったおとなたち切歯扼腕地団駄する
ワル! 不良!ぬすっと! ヤクザ!
おい きっと陸に泳ぎ着けよ
島の上を 鳥はめぐり島のまわり 水はめぐる

JEU DE MASSACRE (Henri-Georges CLOUZOT)

Accourez tous au jeu d' massacre !
La douzaine de balles pour vingt sous !
Arrêtez-vous, les pauvres gens
Les petits, les ratés, les sans-pain
Arrêtez-vous, les sans-talent
Les sans-lit, les sans-toit, les sans-rien
Pour vous venger de vos blessures
Pour vous venger de vos malheurs
Pour soulager vos meurtrissures
Pour chasser toutes vos rancœurs
Hop-là boum ! Dans la belle-mère
Hop-là boum ! Dans le marié
Hop-là boum ! Dans le notaire
Hop-là boum ! Dans le banquier
C'est le massacre des pantins innocents
Ah ! Visez bien leur pauvre gueule
Puisque vous êtes tous trop veules
Pour taper sur les puissants
Et moi aussi, vivant guignol
J'ai, comme eux, récolté bien des coups
T'en souviens-tu, bel Espagnol
Mon amour si cruel et si doux ?
Pour se venger d'autres maîtresses
Tous les amants m'ont fait souffrir
Encore meurtrie d'autres caresses
Ils m'ont fait mal à en mourir
Hop-là boum ! Dans la poitrine
Hop-là boum ! Dans l'palpitant
Hop-là boum ! Dans la bobine
Hop-là boum ! Tiens ! Dans les dents
C'est le massacre des pantins innocents
Ah ! Visez bien nos pauvres gueules
Puisque nous sommes tous trop veules
Pour taper sur les puissants !

虐殺遊戯(アンリ=ジョルジュ・クルーゾー)

寄ってらっしゃい やってらっしゃいお立合い
的当てゲームだよ
球は一ダースでたったの20スーだよ
寄ってらっしゃいー文無し
ただの人 まけ犬 腹ペコさん
やってらっしゃい 何のとり柄もない人
ちょいとそこの宿なし 家なし なにもなし
うけた痛みを 返すため
不運の怨みを はらすため
心の傷を いやすため
うらみつらみを 的にして
ホウッラブン ままはは
ホウッラブン 嫁さん持ち
ホウッラブン お役人
ホウッラブン 銀行屋
殺しちゃえ どうせ人形
しっかり狙え しょぼくれ唇
何やってんだい カー杯
あいつらに球 ぶっつけろ!
あたいも同じ 生きた人形
この身は傷で ズタズタ
おぼえてる?あのスペインの二枚目
あたいの男 むごくてやさしい
あのスケたちに 仕返しするわ
男たちはみな あたいにつらい
また別のスケと できたみたい
あたいは死ねぬ こうつらくっちゃ
ホッッラブン! 胸ントコ
ホッッラブン! ドマン中
ホッッラブン! オツラに
ホッッラブン! 出ッ歯に
殺しちゃえ どうせ人形
しっかり狙え しょぼくれ唇
あたいらだって 力いっぱい
あいつらに球 ぶっつける!

SURABAYA JOHNNY (Bertolt BRECHT)

A seize ans, j'étais une vraie môme
T'es venu un beau jour du Burma
T'as même pas dit les mots qui nous empaument
Mais seulement : « Viens j't'emmène avec moi »
J't'ai demandé : « Est-ce que tu travailles ? »
Tu m'as dit : « J'suis chauffeur au chemin de fer.
J'roule tout le temps et tant pis si je déraille,
Ça vaut mieux que de trimer sur la mer »
Tu m'en as dit Johnny, tu m'as menti Johnny ?
T'as pris mon âme Johnny, comme un beau fruit
Pourtant je te hais Johnny, parce que tu te fous de moi Johnny,
Enlève la pipe de ta gueule, voyou.
Surabaya Johnny, mon dieu, tu sais que je t'aime tant.
Surabaya Johnny, pourquoi qu't'es si méchant
Surabaya Johnny, pourquoi que j'ai le cœur gros.
C'est que t'as pas de cœur Johnny
Et que j't'ai dans la peau.
On ne regarde rien quand on aime
Maintenant j'sais que tu as tout du marlou
J'étais bête mais j'l'ai compris quand même
Comme bandit t'es connu partout
Et un jour dans notre hôtel borgne, l'bruit des vagues
V'la ce que j'entendrai, oui tu pars sans me dire une parole
Ton navire glisse le long du quai.
Tu n'as pas de cœur Johnny, tu n'es qu'une gouape Johnny
Tu fiches le camp Johnny.
Dis, pourquoi, dis, que je t'aime tant Johnny
Comme au premier jour Johnny,
Enlève la pipe de ta gueule, voyou.
Surabaya Johnny, pourquoi qu't'es si méchant
Surabaya Johnny, mon dieu tu sais que je t'aime tant
Surabaya Johnny, pourquoi que j'ai le cœur gros
C'est que t'as pas de cœur Johnny
Et que j't'ai dans la peau.

スラバヤ・ジョニー(ベルトルト・ブレヒト)

16であたいはもういっぱいだった
あの晴れた日ビルマから
あんたやって来てこう言ったわね
たったひとこと「こいよ おいらと」
あたいはきく「仕事あんの?」
あんたは答える「汽車ポッポのカマたきだよ
いつだって旅さ 住所不定のヤサグレ venture
海でくたばるよりゃいいってこと」
いろんな生活 したわね ジョニー
嘘もついたわね ジョニー
あたいの心を摘んだわ ジョニー
おつゆたっぷりの果物みたいに
あんたにくいや ジョニー
あたいをコケにして ジョニー
パイプを口からおはなししたらァ!
ごろつき
スラバヤジョニー
ナンデあんた そんなにワルなの
スラバヤジョニー
もうあたいをどうとでもしてよ
スラバヤジョニー たまんないわ
薄情もん ひとでなしジョニー
で、あたいはあんたにべったり
こうなっちゃもうおしまいね
あんたは根っからのヤクザもん
あたいはバカ 自由わかったわ
しょせんはこうなるものと
そいでも今日も連れこみホテルで
あんたが聞くのはあの波の音
やっぱりあんたは行っちまう だまって
船は出ていく また波止場から
ハクジョウもん ジョニー
クソッ ブロッキ ジョニー
いっちまうの ジョニー
ねえ どうしてねえ
べったりなのよあたい ジョニー
はじめてのあの日のように ジョニー
パイプを口からおはなししたらァ!
——このごろつき

BILBAO SONG (Boris VIAN)

L'bal à Bill, à Bilbao, Bilbao, Bilbao.
C'était l'plus beau bal de tout le continent.
T'avais à gogo l'bruit et l'rêve,
L'bruit et l'rêve, l'bruit et l'rêve
Et tout c'que tout le monde offre à ses enfants
Quand on entrait dans cet établissement.
Je n'sais pas trop si c'genre de truc vous aurait plu.
On riait en buvant comme des perdus.
Sur l'parquet, l'herbe poussait dru.
Par le toit la lune verte passait
Et pis la musique, là, vraiment, on t'en donnait pour ton fric.
Joe, rejoue la musiqu'de c'temps-là.
Vieille lune de Bilbao, que l'amour était beau.
Vieille lune de Bilbao, fume ton cigare là-haut.
Vieille lune de Bilbao, jamais j'te ferai dégaut.
Vieille lune de Bilbao, tu laches pas les poteaux.
Je n'sais pas trop si c'genre de truc vous aurait plu,
Mais c'était l'plus chouette,
C'était l'plus chouette,
C'était l'plus chouette
Du monde entier.
Au bal d'Bill, à Bilbao, Bilbao, Bilbao,
Un beau jour fin mai en l'an mil neuf cent huit,
Quat'mecs s'amenèrent plein d'galette,
Plein d'galette, plein d'galette.
Raconter tout ce qu'ils ont fait, j'pourrais pas
Mais si vous étiez arrivés ce jour-là,
Je n'sais pas trop si c'genre de truc vous aurait plu.
On riait en buvant comme des perdus.
Sur l'parquet, l'herbe poussait dru.
Par le toit la lune verte passait
Les quat'gars d'Frisco
Tiraient des coups de browning
A qui mieux-mieux
Et par dessus la musique continuait.
Vieille lune de Bilbao, que l'amour était beau.
Vieille lune de Bilbao, fume ton cigare là-haut.
Vieille lune de Bilbao, jamais j'te ferai dégaut.
Vieille lune de Bilbao, tu laches pas les poteaux.
Je n'sais pas trop si c'genre de truc vous aurait plu,
Mais c'était l'plus chouette,
C'était l'plus chouette,
C'était l'plus chouette
Du monde entier.
L'bal d'Bill, à Bilbao, Bilbao,
Aujourd'hui tout est repeint, tout est décent,
Plantes grasses et glaces ordinaires, ordinaires,
Comme dans tous les autres établissements
Mais si vous venez à passer ce jour-là,
Ça vous plaira peut-être bien, on ne sait pas.
Moi ça m'fait d'la peine. On peut plus rigoler.
Y a plus d'herbe sur le parquet.
La lune verte, elle a fait ses paquets
Et pis la musique, vraiment, on a honte pour son fric.
Joe, rejoue la musiqu'de c'temps-là.
Vieille lune de Bilbao, que l'amour était beau.
Vieille lune de Bilbao, fume ton cigare là-haut.
Vieille lune de Bilbao, jamais j'te ferai dégaut.
Vieille lune de Bilbao, tu laches pas les poteaux.
Je n'sais pas trop si c'genre de truc vous aurait plu,
Mais c'était l'plus chouette,
C'était l'plus chouette,
C'était l'plus chouette
Du monde entier.

ビルバオの歌(ボリス・ヴィアン)

ダンス・ホール
ビルバオ ビルバオ ビルバオ
この世でいっとう楽しいとこ
オヤオヤオヤオヤと夢いっぱい
ガヤとゆめ ガヤとゆめ
この世のいっとううたのいいこと
ま みんながそろへ入ったら
こんな筋書きお好きとうか
あたしゃ知らないけれど
カワアウやちゃやちゃ笑ったよ ベアみたいに
フロアに草がボウボウ
屋根の上ゆく月さん
そして 音楽 ホラ
そりゃもう 私一分だけは アップリ
ショウ やってよあの曲 ほら あの頃の
なつかしい月 ビルバオ
なんてよかったの あの恋
なつかしい月 ビルバオ
あそこで吸った シガーも
なつかしい月 ビルバオ
なつかしい月 ビルバオ
なつかしい月 ビルバオ
またこんな筋書きお好きとうか
あたしゃ知らないけれど
けれど とてもケッコウ
とてもケッコウ とてもケッコウ
世界一!
ダンス・ホール ビルバオ
1908年5月も末のあの良い日
4人の野郎がやって来た とても気持ちの
とても気持ち とても気持ち
やつらの話したと話すのは
ちっと難しい でも
あっとき あんたが居たならば
まこんな筋書きお好きとうか
あたしゃ知らないけど
カワアウやちゃやちゃ笑ったよ ベアみたいに
屋根の上ゆく月さん
フリスカっちの四人組
フロアにタバをぶっ放し
それに音楽 ホラ
それに楽隊もいた
なつかしい月 ビルバオ
なんてよかったの あの恋
なつかしい月 ビルバオ
あそこで吸った シガーも
なつかしい月 ビルバオ
なつかしい「なんか」ききたい
なつかしい月 ビルバオ
仲間とはぐれちゃ いけない
またこんな筋書きお好きとうか
あたしゃ知らないけれど
けれど とてもケッコウ
とてもケッコウ とてもケッコウ
世界一!
ダンス・ホール ビルバオ
こしちゃっかり模様がえ
スカしかっ
大きな植木や窓 そこいらの
ださいのん をていのん
だの店はとおんなじ
まこんな筋書きお好きとうか
あたしゃバカスと思ったばず
おまけしやくイイのケッツプ
とてもケッコウ アイ気に入れないな
フロアに草など生えるわけない
屋根月きしらしの一行
あたしゃ音楽は一つ前にまた
ショウ やってよあの曲すな
............................
エエト................ラララ
あら歌詞になっちゃったのか知らん?
あそこには恋があって
あそこには愛があってたかしら
ずいぶん とおい話ねえ
あたしゃ知らないけれど
けれど とてもケッコウ
とてもケッコウ とてもケッコウ
世界一!

LES SOUTIERS (Théodor PLIVIER)

Fantômes nous sommes les hommes de somme
qu'on nomme damnés de la mer
Nous devons, nous devons coûte que coûte
remplir les soutes du steamer
En crache
Les vaches
Pas de relâche, toujours la tâche, de fer, d'enfer
Chacun hideux mais droit tout droit
Charge charbon du Un, charbon du Deux, charbon du Trois
Poux, gale, mains sales en cale, on râle quand va le bateau sur la mer
On traîne, on peine, vienne la veine, la mienne, la nôtre, crever !
Navire
Le pire
Des noirs empires, tragique à dire, mais vrai, bien vrai
Chacun hideux mais droit tout droit
Tisonne le feu du Un le feu du Deux le feu du Trois
Au drame des flammes se pâment les âmes des dames,
Voguant en première
La houle roule, moule ces poules qui foulent nos toits de fer
Si telle ou telle sort en dentelles, à qui est elle ?
À toi ! À lui ! À moi !
Chacun hideux mais droit
Attrape femme du Un, femme du Deux, femme du Trois
Nous sommes les damnés, les chauffeurs, les soutiers, les va-nu-pieds, les mal nés
Vapeur le bateau glisse
Vapeur la mer se plisse
Vapeur l’arbre se visse
Vapeur jusqu’à l’hélice
Vapeur afin d’avancer
Sales mines, on piétine aux machines, aux turbines
Qui dessinent jusqu’en Chine un large chemin vert
Sillage du steamer
Chauffons à fond
Nous sommes les maudits serfs
Du vagabond Roi de la mer
Chauffons à fond
Chauffons à fond
Chauffons à fond
Chauffons à fond !

ストーカーたち(テオドール・プリヴィエ)

おれたちゃ化物 みんながみんな
海に憑かれた 呪われ者よ
何がなんんでも 何がなんんでも
汽船のふなぐら 満杯に
悪態つきつき 休みもならず
いつも地獄の 鉄仕事
ひでえ態だが 正直もんさ
くべろ石炭 一杯 二杯 それ三杯目
しらみ 疥癬 汚れた手
おれたちゃ船ぐら あえいだ molten
もはやお船は海の上
みんなつっぱった その果てに
血管なんざ ぶっ裂ける!
語るも悲劇の暗闇世界
最もむごい航海だ いやほんと
ひでえ態だが正直もんさ
かき立てろ火を 一番 二番 三番がま
目をまわせ そら火の劇に
一等室の婦人方
のたうつ女体をそっくりに
波は鉄屋根おしつぶす
そんな女体をレースに包み
一人 二人と出て来るならば
そいつは一体だれのもの お前の?奴の?おれのもの!
ひでえ態だが 正直もんさ
とらまえろ それ一人 二人 三人目
おいら呪われ者 カマ焚き 船ぞ二人夫
生れいやしい賤民なのさ
蒸気!船は行く
蒸気!海はうねり
蒸気!マストにまといつき
蒸気!スクリューまで
蒸気!進むため
よごれて面で機械や汽罐に地団駄駆し
支那までつける太い道
青くてひろい航跡だ
蒸気船の航跡だ
とことん燃やせ
おれたちゃドレイ 呪われ者
客船「海の君主号」
とことん燃やせ どんどこ燃やせ
燃やせ燃やせ 燃やせ燃やせ燃やせ
どんどこ燃やせ とことん燃やせ

LES BOULES DE NEIGE (Paul FORT)

Ils m’ont jeté des boules de neige,
parce qu’ils ne m’ont pas compris.
Parce que je vais à l’aveuglette,
au petit bonheur de chemins,
plusieurs ont dit que j’étais bête,
que j’étais fou quelques-uns.
Et cependant, pas moins que d’autres,
j’use de me frotter les côtes,
lorsque je tombe dans un trou.
Et pourtant, tout comme les autres,
pendant l’été je sais chanter,
je sais me taire dans la tempête
et pendant l’hiver grelotter.
Plusieurs ont dit que j’étais bête
parce qu’ils ne m’ont pas compris.
Et que me manque-t-il, en somme,
bien qu’oublieux des routes passées,
si je n’ai besoin de personne
pour me dire les routes où je vais ?
Parce que je vais à l’aveuglette,
plusieurs ont dit que j’étais bête,
aveugle d’autres et d’autres fou.
Ils m’ont jeté des boules de neige.

雪玉(ポール・フォール)

人々は私に雪玉を投げる
私のことがわからないから
私はひとり手さぐりで
しあわせ求めさまようから
誰かには愚か者と呼ばれ
またほかの人は気狂いと言う
bankrupt
夏には歌を唄い
嵐の時は唇をとざし
寒い冬にはふるえた
誰かには愚か者と呼ばれる
私のことがわからない人に
私の何がいけないの
過ぎたこと みな忘れたとて
このさき 行くすえに
誰の助けも要りはしない
私はひとり手さぐりで
誰かには愚か者と呼ばれ
ほかの人は 無分別 また別の人には
気狂い!と
人々は 私に 雪玉を投げる

CHANT DES CANONS (Bertolt BRECHT)

L'un c'était Jim, et l'autre c'était John
Leur sergent c'était Georgie Carlson
Au régiment peu importe d'où l'on vient
Si 'on marche si l'on marche tout va bien
Le canon tonne
Nos pas résonnent
Du Gange au Malabar
Chaud ou froid, soif ou faim
La mort vient à la fin
Ni plus tôt ni plus tard
Que l'ennemi soit blanc ou noir
Cela t'est bien égal, si tu dois crever ce soir
Johnny trouvait le whisky fade
Et jimmy avait le ventre bien malade
Alors Georgie les pris par les bras
Tous les trois on avancera ou on crèvera
Du Gange au Malabar
Chaud ou froid, soif ou faim
La mort vient à la fin
Ni plus tôt ni plus tard
Que l'ennemi soit blanc ou noir
Cela t'est bien égal, si tu dois crever ce soir
Jim fut tué, John a trouvé la mort
Et Georgie de son dernier sommeil dort
Mais pour la guerre on trouvera
Toujours du sang, du sang rouge qui coulera
Le canon tonne
Nos pas résonnent
Du Gange au Malabar
Chaud ou froid, soif ou faim
La mort vient à la fin
Ni plus tôt ni plus tard
Que l'ennemi soit blanc ou noir
Cela t'est bien égal, si tu dois crever ce soir

大砲の歌(ベルトルト・ブレヒト)

ひとりはジム、もひとりがジョン
やつらの軍曹はジョージ・カーソン
素姓かまわぬ軍隊ぐらし
前進 前進 ただ前進

(繰り返し)
大砲とどろき
足音たかく
行くはガンジス マラバール
暑さ寒さや 渇きも飢えも
死んでしまえば それまでよ
敵は黒坊 それとも白チャン?
今宵 死ぬ身にゃ同じこと
ジョニーはひでえ酒をのみ
ジミーはひでえ腹くだし
ジョージは二人をかかえこみ
行こかもどろか それとも死のか
(繰り返し)
ジムはばらされ ジョンは死に
ジョージはとうから あの世行き
だけどいくさは
いつも血さ
まっかっかかの
血の流れ

LA GRASSE MATINEE (Jacques PREVERT)

Il est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
dans la vitrine de chez Potin
il s'en fout de sa tête l'homme
il n'y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n'importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ces vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines..
Un peu plus loin le bistrot
café-crème et croissants chauds
l'homme titube
et dans l'intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
oeuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang !...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l'assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
Il est terrible
le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.

朝寝坊(ジャック・プレヴェール)

むごいもの
錫張りカウンターで茹玉子を割る 小さなあの音。
むごい音
飢えた男の脳味噌をゆさぶるあの小さな音
そうだ脳 頭脳 むごたらしいのは頭蓋
飢えた男の頭
朝っぱら6時 食品デパートのウィンドウに
男は己が影を視る 飢えた頭をかしげて
そこにも埃まみれの頭がある でも
食品デパートのウィンドウの中の頭は
もう自分の頭なんかじゃない
飢えた頭なんかどうだっていい
そんなこと考えちゃいない
夢みるのは
別の頭 ほら
憎の頭
ヴィナグレソースかけ憎の頭 とか
何だっていいさ喰えりゃ
頭をちょっと動かしてみる
歯を動かしてみる
世界がどんなにむごくても
さからうことさえ出来はしない
指を折ってみる いち にい さん
1 2 3
そうだ三日も食べてない
三日という日を毎日数えた
こんなむごい事が続くわけはない
genealogicalでも続いてる
三日
一晩も
飲まず喰わず
いま このウィンドウのあっち側には
ほらパテに 酒塩に 缶詰だって
魚は死んでる さえ缶の棺に守られ
食品街はウィンドウに守られ
ウィンドウはポリ公に守られ
ポリ公は民衆の恐怖に守られ
みんな匹のしあわせな鰯にこのかたい守り——
——いま 先のビストロには
キャフェ・クリームとはかはかクロワッサン
男はよろよろ行く
飢えた頭をかかえたその頭は
もやもやの言葉の霧
言葉の霧
喰うイワシ
茹玉子 キャフェ・クリーム
キャフェ・ラム酒入り
キャフェ・クリーム
キャフェ・クリーム
キャフェ・クリーム(犯罪)血汐入りの——
さて町内の顔役が
さっぴろま紋が殺された
犯人の浮浪者はニフラン盗った
キャフェ・入りの ための
夢プレゼント ナナ十サンチーム
バタンッとたった二個のお代と
ボーイにはチップを二十五サンチーム。
むごいもの
錫張りカウンターで茹玉子を割る小さなあの音。
むごい音
飢えた男の脳味噌をゆさぶるあの小さな音!

COMPLAINTE DE MACKIE (Bertolt BRECHT)

Sombre est la nuit
Un éclair luit
Un homme fuit
La mort suit
Un corps tombe
Hécatombe
Sans un bruit
Fille folle
Que l'on vole
Que l'on viole
Et qui crie
Meurtre infâme
D'une femme
Qui rend l'âme :
C'est Mackie !
Une houle
Dans la foule
Une goule
Qu'on spolie
Dans un antre
L'on éventre
Quelqu'un entre :
C'est Mackie !

マッキーの嘆きの歌(ベルトルト・ブレヒト)

夜の闇に
いなびかり
男逃げ
死が追う
墓穴に
むくろ落ち
みなごろし
音もなく
きちがいの
ものを盗り
わめくスケ
やっちまう
恥知らず
女ごろし
そいつこそ
そう マッキー
ひとごみの
うねるなか
人喰いが
まぎれ行く
あなぐらで
腹ブッさく
そいつこそ
そう マッキー
強盗だ
大恐慌
なにもかも
からっぽだ
ポケットも
物入れも
そいつこそ
そう マッキー
燃えるは火
あんたらは
逃げまどい
狂い死ぬ
きこえゐは
たか笑い
そいつこそ
そう マッキー
いなびかり
男逃げ
死が追う
音もなく

TOUTE SEULE (Jacques PREVERT)

Où je vais, d’où je viens
Pourquoi je suis trempée.
Voyons, ça se voit bien.
Il pleut.
La pluie, c’est de la pluie
Je vais dessous, et puis,
c’est tout, c’est tout.
Passez votre chemin
Comme je passe le mien.
C’est pour mon plaisir
Que je patauge dans la boue.
La pluie, ça me fait rire.
Je ris de tout et de tout et de tout et de tout.
Si vous avez la larme facile
Rentrez plutôt chez vous,
Pleurez plutôt sur vous,
Mais laissez-moi,
Laissez-moi, laissez-moi , laissez-moi.
Je ne veux pas entendre le son de votre voix,
Passez votre chemin
Comme je passe le mien.
Le seul homme que j’aimais,
c’est vous qui l’avez tué,
Matraqué, piétiné…
achevé.
J’ai vu son sang couler,
couler dans le ruisseau,
dans le ruisseau.
Passez votre chemin
comme je passe le mien.
L’homme que j’aimais
est mort, la tête dans la boue.
Ce que je peux vous haïr,
vous haïr.. c’est fou… c’est fou… c’est fou.
Et vous vous attendrissez sur moi,
vous êtes beaucoup trop bons pour moi,
beaucoup trop bons, croyez-moi.
Vous êtes bons… bons comme le ratier est bon pour le rat…
mais un jour… un jour viendra où le rat vous mordra…
Passez votre chemin,
hommes bons… hommes de bien